On parle beaucoup du discours du président Macron du dimanche soir 5 mars 2025. Un discours dramatique qui portait un petit vent de guerre dans les maisons et familles françaises. L’Ukraine est loin. La France ne se sent pas vraiment concernée par ce qui se passe à 2.000 kilomètres. Et tout d’un coup on voit l’humiliation du président Ukrainien à la télé. Tout d’un coup on comprend ce que cela veut dire d’avoir un nouveau président américain qui mène une politique hégémoniale.
De l’autre côté, dans l’Est mais toujours en Europe, on a la guerre. La Russie a envahi l’Ukraine qui lutte pour sa survie. Au bout de trois ans, le monde qui entoure l’Europe a changé. Le président en parle, raconte aux Français que de nouvelles exigences surviennent et que la tranquillité de la paix a vécu. Comme si les problèmes de la politique intérieure de la France ne suffisaient pas.

En plus, de l’autre côté du Rhin vient une information qui surprend. Les Allemands qui ont vécu tranquillement pendant 70 ans sous le parapluie nucléaire américain se tournent vers la France. Le futur chancelier parle d’un parapluie nucléaire français pour l’Allemagne et pour l’Europe.
Ce qui est considéré comme une vraie sensation, ce que certains comprennent comme un revirement de la politique allemande est tout sauf cela. Il se peut que Friedrich Merz donne à la France une chance de se rattraper.
De quoi s’agit-il ?
Regardons quelque 70 ans en arrière. Nous sommes le 3 octobre 1951. Le chancelier allemand Konrad Adenauer assure dans l’accord de Londres que l’Allemagne allait renoncer à développer, produire et posséder des armes nucléaires. Quelques décennies plus tard, lors de la désintégration de l’Union Soviétique, l’Ukraine signera un traité semblable avec les Russes. On connait la suite.
Le 23 octobre 1954 : on signe les accords de Paris. L’Allemagne de l’Ouest (RFA) reçoit sa pleine souveraineté et son réarmement dans le cadre du commandement intégré de l’OTAN. Les Américains auraient préféré une armée européenne, mais l’assemblée nationale a refusé cette idée la même année. Par les accords de 1954 l’Allemagne signe définitivement ses engagements : pas de développement d’armes nucléaires, biologiques et chimiques. La question est : qui assurera la sécurité de l’Allemagne – ainsi dépourvue d’armes de dissuasion – en cas de menace ou d’attaques?
Le président Dwight D. Eisenhower (USA) et le premier ministre Winston Churchill (UK) se déclarent prêts à stationner des troupes en Allemagne pour assurer sa protection. Dwight D. Eisenhower, commandant en chef des troupes alliées pendant la Seconde Guerre Mondiale, élu président des USA, avait reconnu que le retrait de l’Europe après la Première Guerre Mondiale avait été une erreur qui a coûté cher au pays en vies de soldats. Les USA ont perdu presque une génération entière de jeunes Américains pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Neuf ans après la Seconde Guerre Mondiale, la France, elle, ne se sent pas encore capable d’un tel geste. Dans les relations franco-allemandes on passe de temps à autre à côté des décisions historiques. En plus, elle refuse les clauses de renoncer à un armement nucléaire, à des armes chimiques et biologiques. Alors que l’Allemagne doit regagner sa souveraineté la France est souveraine et elle y tient.
Il faut encore attendre huit ans avant que le président Charles de Gaulle s’adresse en parfait allemand à la jeunesse allemande le 9 septembre 1962 dans le château de Ludwigsburg en parlant des Allemands comme d’un « grand peuple ».
Mais l’absence de la France comme pays protecteur au moment des accords de Paris aura des conséquences profondes. L’Allemagne devient transatlantique. Les Américains deviennent le pouvoir protecteur des Allemands et s’installent dans leur pays avec leurs armées, y inclus des bombes nucléaires qui s’y trouvent toujours. Actuellement les USA ont stationné 100.000 soldats en Europe dont 37.000 en Allemagne. Les Allemands achètent des fusées du système Patriot aux USA, des fusées de moyenne portée, entre autres différentes générations d’avions de chasse comme les starfighters, les F16, et actuellement les F35, des hélicoptères et d’autres avions. On remarque, quand on regarde une carte de l’Allemagne, que les troupes américaines sont toutes stationnées à l’ouest pour séparer la France de l’Allemagne. Une situation obsolète aujourd’hui.
Lorsque les Européens développent leur propre avion de chasse – l’Eurofighter Typhoon -, ce sont l’Allemagne (par Airbus Aérospace), l’Angleterre, l’Espagne, et l’Italie qui coopèrent. L’auteur de cet article avait la possibilité d’en visiter la production à Warton, près de Preston dans le Lancashire. La France, dans son esprit de souverainisme, fait de nouveau cavalier seul en développant le Rafale que l’auteur de cet article décrit dans une publication dans un journal allemand.

Dans les années 1950 se sont donc créées des relations étroites entre les USA, le Royaume Uni et l’Allemagne. Et malgré la fondation de l’Union Européenne, on remarque un souverainisme grandissant français et un mondialisme/libéralisme allemand. Ce qui est remarquable, c’est que les journalistes des grandes chaines télévisées raccourcissent leur argumentation – souvent d’un ton accusateur – sur « les Allemands qui achètent américain et pas européen ». Un simple regard quelque 70 ans en arrière montre pourquoi les Allemands achètent américain et comment la politique française dans ce domaine s’est isolée en Europe.
Les achats des F35 ne sont pas regardés sans critique en Allemagne. Jürgen Trittin (les Verts), ancien ministre de l’environnement dans le gouvernement Schröder dans une discussion télévisée: « Nous avons vu dans la guerre contre l’Ukraine que les USA ont la possibilité de limiter l’utilisation des F35 dans leurs technicités. Nous devons donc « européaniser » ces avions pour les utiliser à notre guise. Ceci a un coût supplémentaire ». D’un autre côté les Rafales français ne seraient pas préparés à porter des armes nucléaires américaines. Et l’attente de livraison serait trop longue puisque la cadence de production ne serait pas assez élevée. 13 pays dans le monde utilisent les F 35 avec en total 570 exemplaires d’après des indications de médias français.

Mais les USA viennent de subir un revers du Portugal. Le gouvernement vient d’annuler sa commande de F35. La position du Président Américain envers l’OTAN serait trop ambivalente, argumente le ministre de la défense Nuno Melo. Ceci ne veut pas dire que le Portugal prenne automatiquement des Rafales. Dans le nouveau projet se trouveraient aussi bien le Saab Gripen que l’Eurofighter Typhoon. De même que le Canada qui pense à résilier le contrat d’achat de F35. Les USA subissent les premier revers de la politique du président Trump.
Qu’est-ce qui s’est passé pour que ce changement arrive ?
Ce sont d’abord les images de l’humiliation du Président Ukrainien dans la maison blanche qui ont servi de choc. C’est ensuite la nouvelle politique hégémonique américaine, menaçant le Canada, le Groenland, le Panama, ne reconnaissant pas l’Europe comme Union, c’est aussi la menace de la Russie en général. D’un commun accord la Russie ne se contenterait pas d’attaquer l’Ukraine mais aurait aussi comme cibles les Etats baltes et d’autres Etats comme la Moldavie, la Géorgie allant jusqu’à la Roumanie.
Le président Macron choque son pays avec la clarté de ses analyses. Du côté allemand, Friedrich Merz sait qu’il ne peut plus compter sur les USA comme dans le passé. Dans son premier mandat le président Trump avait déjà menacé de retirer ses troupes de l’Allemagne. Merz sait qu’est venu le moment pour l’Europe de se renforcer et de se manifester en bloc. Merz sait que l’Allemagne qui a renoncé à des moyens de dissuasion dans les accords de Paris pourrait se voir sans protection. Des dettes d’abord de 500 milliards pour la défense de l’Allemagne mais en vérité illimitées sont la conséquence de cette situation.
Pourquoi les Allemands se tournent-ils vers la France ?
La philosophie de la dissuasion est mondiale. Les Etats qui disposent des armes nucléaires savent qu’ils n’ont pas le droit de les utiliser les premiers. Celui qui commence sait qu’il y aura une réponse plus cruelle et plus dévastatrice que l’attaque. Il y a des scientifiques qui sont d’avis qu’une guerre nucléaire avec seulement 100 bombes pourrait faire disparaitre l’humanité de la terre. La France et l’Angleterre disposent des armes nucléaires en Europe. Les armes nucléaires d’Angleterre dépendent des USA. La France a la souveraineté pour ses armes nucléaires.
En Europe on sait que des Etats baltes, la Roumanie, la Pologne et l’Allemagne, possiblement la Finlande sont directement menacés par la Russie. La question qui se pose est : si jamais les USA se retirent de l’Europe, qui prend ces Etats sous un parapluie nucléaire ? On peut aussi se demander qui prend la protection de l’Allemagne comme prévu dans les accords de 1954, si les USA ne le font plus ? On sait depuis la guerre froide que les Etats baltes, la Pologne et l’Allemagne seront les futurs théâtres de guerre pour la Russie. Il ne faut par contre guère craindre des chars russes sur les Champs Elysées. Mais il y a des questions :
- Est-ce que la France utilisera sa force de dissuasion pour protéger ses voisins européens avec ses armes nucléaires?
- Est-ce que la France protègera l’idée européenne de la démocratie avec ses armes nucléaires?
- Est-ce que la France protègera l’idée européenne des droits de l’homme avec ses armes nucléaires?
- Est-que la France protègera l’idée européenne de la liberté avec ses armes nucléaires?
Pendant la Seconde Guerre Mondiale des centaines de milliers de jeunes Américains sont morts pour ces principes. Aujourd’hui le chancelier allemand évoque indirectement ces pensées en se tournant vers Paris. Indépendamment de ses pensées qui pourraient s’avérer comme illusoires, l’Allemagne veut renforcer ses armées de façon à ce qu’un adversaire ne se risque pas à l’attaquer. Et si les 500 milliards ne suffisaient pas on augmenterait les dettes. De l’autre côté du Rhin on vit un vrai changement de paradigmes.

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