Six jours: Le tourisme, Le train, La gare, Le transport, Les infos

Jour 1

Le soir, 18 heures : Les deux bus Keolis ont amené autour de 100 personnes à la gare. Le train est bien rempli. Les bus sont rentrés, la navette attent sa dernière tournée. Devant, un jeune couple japonais qui cherche désespérément son gîte à Pontorson sur le GPS. Le chauffeur de la navette Keolis lui vient en aide: en réalité le gîte est à Ardevon. Il les emmène jusqu’à la caserne, leur montre des restaurants. Après le dîner ils vont prendre un taxi pour aller à leur gîte.

Jour 2

Le système Keolis est rôdé. En général les passagers arrivent avec un ticket jusqu’au Mont. Sinon ils payent 3,10 Euros pour le passage. (c) wy.

Le matin 12.30 h : Les deux Bus Keolis ont quitté la gare, archi pleins. Sur le parvis un taxi, seul et vide. Willy Saint Félix attend des passagers. Il possède deux taxis, numéro 1 et numéro 4. Il est domicilié à St. James, mais a pris les deux licences à Pontorson. La première pour le prix de 120 000 Euros et la deuxième pour 60 000 Euros.

Il raconte : « Le maire souhaite qu’on soit ici. Alors on vient, on attend. » Il ne connait pas le maire, mais il aimerait bien le rencontrer pour lui faire quelques propositions. « On va faire une gare modale ici. Mais je n’ai jamais été invité pour discuter de notre situation. C’est néanmoins le moment de sa chance, deux dames d’un certain âge qui ne voulaient pas prendre les bus lui demandent de les conduire au Mont Saint-Michel. La recette pour ce trajet sera de 16 Euros. «  Le Département a fixé le prix à deux Euros par kilomètre », dit-il. Difficile de rentabiliser le prix des licences à ce tarif.

Willy Saint Félix à la gare de Pontorson avec son Taxi. Il attend très souvent en vain. (c)wy.

Son sentiment : « Avec la première licence on s’est fait avoir. Pontorson avait mis la gare en avant. Mais l’attente à la gare avec deux trains par jour et le système de navette nous fait perdre de l’argent. Avec la deuxième licence-taxi on a su comment cela marche. »

Jour 3

Le soir 18 h : Les deux bus ont amené les touristes pour le train retour. Ils sont repartis. Trois jeunes femmes avec d’énormes valises se trouvent de l’autre côté du parvis et essayent de téléphoner pour commander un taxi. Ce sont des canadiennes et américaines qui sont venues de Paris pour voir le Mont Saint-Michel. Elles ne connaissent pas l’indicatif  téléphonique pour la France, composent celui des USA et se demandent pourquoi cela ne fonctionne pas. Un pontorsonnais leur explique comment cela fonctionne en Europe. Elles essayent. Sans succès, aucun taxi n’est disponible. L’homme les prend en charge et les conduit à leur hôtel. Willy Saint Félix propose d’installer une borne automatique avec des touches des quatre taxis. « On presse un bouton et la connexion se fait automatiquement. C’est la solution la plus simple. Cela se fait ailleurs. Surtout puisqu’on a beaucoup d’étrangers ici qui ne connaissent pas l’indicatif».

Belle idée mal réalisée. Les étrangers d ‘Asie ou d’outre Atlantique, très souvent, ne connaissent pas le système européen des indicatifs téléphoniques. Le tableau indique les numéros à la française, sans indicatif de la France. Quand un Américain, client de chez T-Com USA le compose, il arrive dans le néant. La proposition de Willy Saint Félix: installer une borne avec des touches qui composent les numéros des taxis automatiquement. Cela pourrait se faire avec l’installation du nouveau parvis de la gare modale et en plus sur le nouveau parking? (c) wy.

Jour 4

Le soir vers 19 heures: Une famille alsacienne marche sur la route départementale. Ils vivent avec leur camping car au camping Aliotis à Pontorson et avaient considéré que les 25 Euros de parking pour leur camping car sont trop cher payés. Ils n’ont plus trouvé de bus à cette heure-ci pour les ramener à Pontorson. Alors ils marchent sur la route départementale qui n’est pas prévue pour des piétons et font du stop.

 Un homme les prend dans sa voiture et les conduit à leur camping. Ils ne se sentent pas bien renseignés à Pontorson et sont étonnés que, dans une région touristique, presque tous les magasins soient fermés le lundi. Alors le pontorsonnais se développe en guide et explique : le système de la navette, comment trouver un boulanger un lundi, quels sont les restaurants, où est le supermarché le plus proche et qu’il y a même un supermarché qui ouvre jusqu’à 22 heures.

Le train de Paris Montparnasse dans la gare de Pontorson (c) wy.

Jour 5

Tout a changé avec le Covid. Depuis l’année dernière le Mont Saint-Michel est submergé par une nouvelle population de touristes. La SNCF propose des tarifs pour une journée à moins de 60 Euros pour un aller et retour. Les parisiens viennent mais surtout les touristes qui passent quelques jours à Paris. Ce sont des jeunes tout juste avec un sac à dos pour la journée, ce sont des américains, des canadiens, des asiatiques, des familles avec enfants, des cyclistes. Beaucoup ont pris le programme complet : train, navette, abbaye. Aller le matin, retour le soir.

 Il y a des touristes avec leurs vélos qui arrivent. Ils font un tour en Bretagne et reviennent quelques jours plus tard. Il y a aussi des pélerins étrangers, qui restent quelques jours dans un gîte, comme un couple d’Allemand qui cherche le contact avec les moines. Il y a des jours où Delphine, la cheffe de gare pour les mois d’été, parle plus anglais que français avec les clients. Les chefs de bord du train ont pris l’habitude d’expliquer surtout à la clientèle étrangère comment cela marche avec le train jusqu’à Pontorson et la navette du Mont Saint-Michel. Au mois de juin 3 300 passagers sont arrivés et autour de 3 000 en sont repartis, d’après le comptage de Gérard Jolif. Il y avait rarement moins de 100 passagers par train à arriver à Pontorson. Les chiffres de Keolis pour le transport vers le Mont Saint Michel, ceux communiqués par la SNCF et comptés par Gérard Jolif, le « Monsieur train » à Pontorson diffèrent. Jolif compte ceux qui sortent et montent dans le train, Keolis compte les personnes transportées. La SNCF compte les billets vendus. A Pontorson tout le monde se disperse. Il y en a qui commencent leur tour de cyclisme, d’autres vont à l’hôtel ou aux gîtes de Pontorson. Mais la majorité part au Mont avec les bus.

Arrivée du TER de Paris, il en sort rarement moins de 100 personnes. Le train retourne ensuite à Granville. (c)wy.

Jour 6

Ce sont les trains et la gare qui entrent dans la discussion. Le train pour Pontorson part en deux unités de Paris. Elles sont séparés à Folligny. L’une va à Granville, l’autre à Pontorson. Ce train est en fait un prolongement de la ligne de Granville. On sépare les deux unités à Folligny. Le train pour Pontorson est vendu comme train pour le Mont Saint-Michel par la SNCF. C’est un train inter-villes qui s’arrête à peu près toutes les 20 minutes pour desservir des petites et moyennes villes. Il est géré par la société « nomad » qui appartient à la région Normandie. Le voyage dure autour de quatre heures.

L’écran électronique pour l’annonce des arrivées et des départs. Au moment de la photo dimanche 09 juillet en panne depuis plusieurs jours. (c) wy.

Dans ce train il n’y a pas de service, rien à acheter à boire ou à manger. Des professeurs d’une classe d’élèves qui retournent à Paris après une sortie de quatre jours dans la baie, arrivent avec un sac d’alimentation et les bras pleins de baguettes. Départ de Pontorson à 18.14 heures, arrivée à Paris Montparnasse quatre heures plus tard. Le dîner a lieu sous forme de pique-nique dans le train. On retombe dans le « bon vieux temps » où grand-mère apportait à manger pour et pendant le voyage.

 Une infrastructure à la gare en forme de distributeur de sandwichs ou de bouteilles ou de canettes de boissons manque à la gare. Le propriétaire du magasin Cocci au milieu de la rue Couesnon a fait installer un distributeur avec boisson, sandwich et snack dehors. Il a découvert ce besoin des touristes.  

Nouveauté du marché Cocci rue Couesnon. Un distributeur de boisson, snacks et sandwichs pour ceux qui vont s’approvisionner en passant ou à la dernière minute. Cela manque à la gare. (c) wy.

La norvégienne Hedda avait fait la remarque que la France est une grande destination de tourisme mais qu’au fonds les français  n’aiment pas les touristes. Si on interprète bien cette impression on constate qu’elle vient de beaucoup de petites imperfections qui demandent continuellement des improvisations et qui mettent le touriste continuellement devant des problèmes.

Qu’est-ce qu’ils auraient fait, les canadiennes, les américaines, le couple japonais, la famille alsacienne sans la compréhension d’un chauffeur Kéolis, de la cheffe de gare Delphine ou Gérard Jolif ou d’un habitant de Pontorson qui n’est d’ailleurs pas le seul à le faire ? Et encore. Que feraient tous ces voyageurs sans le propriétaire du café “La Baie des Gourmandises”? Il s’est transformé en consigne de bagages pour le temps d’un tour à Pontorson. Une information qui semble avoir fait le tour du monde. Les jeunes de tous les continents viennent sans hésitation et directement chez lui pour lui laisser leurs bagages à cause du manque de possibilités à la gare.

Un café se transforme en consigne de bagages. Lepropriétaire accepte de garder les bagages pour les voyageurs pour le temps qu’ils se promènent en ville ou passent juste quelques heures au Mont Saint-Michel pour continuer en Bretagne. (c) wy.

Le système n’est pas parfait. Pourquoi ? Parce que ceux qui l’imaginent ne se mettent pas dans la peau des touristes qui arrivent dans la région, surtout des touristes étrangers d’autres continents avec une culture différente,

Kéolis a tiré des conséquences d’un dysfonctionnement au début de la saison. L’entreprise envoie conséquemment deux bus à la gare lors de l’arrivée du train de Paris. En les regardant pendant une semaine, on voit que les chauffeurs deviennent une vraie aide pour les touristes en répondant à de multiples questions. Le début de la saison était un peu difficile, mais le système est rôdé entre temps. L’entreprise garde toujours un troisième Bus en réserve et si nécessaire un quatrième qu’on utilisera pour le moment où 160 ou 180 voyageurs sortiront du TER de Paris Montparnasse.

A vrai dire le système autour de la gare et du Mont Saint-Michel fonctionne uniquement parce qu’il y a un nombre de personnes qui sort continuellement de son rôle pour aider les touristes. Il faudrait un office de tourisme à la gare qui puisse renseigner profondément et aider activement les visiteurs.

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